Fleur de pito

Traduit par Bernard Tornare En cherchant ses glaces au café et à la vanille dans le rayon des surgelés, Baudilia fit une découverte : c’était comme retrouver sa bille préférée, son porte-bonheur, après l’avoir cherchée dans la porcherie, sous le tapesco [1], dans l’angle où dorment les chèvres, dans le nid de plumes des coquechas [2] et même sous les pierres du tas de graviers resté de la construction du mur de la maison. Sa tira [3] porte-bonheur, celle qui l’a toujours aidée à gagner au triangle, aux trous et à la tortue. En voyant le sachet de fleurs de pito congelées, elle eut l’impression de retrouver…

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Haricot camagua 

Traduit par Bernard Tornare Clemencia n’était pas venue pour ça, mais elle repartit avec du haricot camagua (1). Elle était au marché pour acheter des poivrons doux et des oignons lorsque les haricots, du panier de nía (2) María, croisèrent son chemin. Pour attirer son regard, ils firent les fous : ils se mirent sur la tête, sautèrent, levèrent les mains et dansèrent. Mais Clemencia, distraite, était occupée à choisir les plus beaux poivrons. Le camagua ne se découragea pas. Pour sa dernière tentative, il se jeta à plat ventre sur des bouquets d’herbes siete montes (3). Il savait que c’était le seul moyen de capter l’attention de…

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Atol de poleada

Traduit par Bernard Tornare Il a commencé à pleuvoir vers quatre heures de l’après-midi et pas une seconde cela n’a cessé. Fausta se confie au Seigneur d’Esquipulas, lui allume un cierge et borde ses six poussins dans le lit avec le poncho qu’elle a acheté à crédit auprès d’un marchand qui vient chaque jeudi de Momostenango pour proposer à la criée des housses d’oreillers, draps, ponchos et nappes traditionnelles. Il vient toujours accompagné de son fils adolescent, et ensemble, ils parcourent le bourg et les hameaux, les ventes attachées sur le dos au moyen du mecapal [1]. Fausta les laissait réchauffer…

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Glace à la noix de coco

Traduit par Bernard Tornare Elle se réveille comme tous les jours à trois heures du matin, s’étire sur le lit en métal dont un pied boite et fait un bond, atterrissant debout sur le sol de terre battue. Elle déverrouille la porte faite de planches disjointes et sort dans la cour pour se brosser les dents et se laver le visage à l’eau froide que lui a apportée la rosée de la nuit. Elle coupe un citron en deux, y saupoudre un peu de bicarbonate et le passe sous ses aisselles. Elle attache ses cheveux en queue-de-cheval, termine d’enfiler ses chaussures…

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Bonbons à la cardamome

Traduit par Bernard Tornare Elle est à l’étang en train de laver les vêtements de toute la famille depuis quatre heures du matin ; certaines sont arrivées dès trois heures, chacune accompagnée d’une petite lampe pour s’éclairer un peu dans la grande obscurité au milieu des arbres du village. Elles ont la chance d’avoir un auvent qui les abrite un peu quand il pleut sans vent, mais quand ce sont des tempêtes, il n’y a nulle part où s’abriter et elles lavent tout en recevant la pluie battante, finissant avec le linge trempé qui dégouline tandis qu’elles rentrent chez elles. Si…

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Boisson à la fleur d’hibiscus

Traduit par Bernard Tornare Autrefois, elle aurait acheté les goyaves au village, dix len [1,2 euro] chacune, de grosses goyaves superbes de la taille de sa main. Mais à la place, ces goyaves rabougries font plus pitié qu’envie, hors de prix comme tout le reste ; de nos jours, même l’air qu’on respire coûte cher, réfléchit Toña, en voyant comment elle gère son salaire en utilisant ses sous. Elle a envie d’une boisson à la fleur d’hibiscus ; les sachets de deux livres se trouvent toujours sur les étagères du bas, là où sont les haricots verts et les betteraves. Même si elle…

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Smoothie de fruits

Traduit par Bernard Tornare Tanita a toujours rêvé d’un smoothie de fruits, un rêve inaccessible durant son enfance. Les mixeurs étaient des objets magiques dont on parlait dans les publicités à la radio quand on écoutait Porfirio Cadena, « El ojo de vidrio ». Quelle émotion, se souvient Tanita, quand la radio diffusait des histoires où il “pleuvait”, et qu’on entendait le tonnerre faire vibrer la tôle de la maison, ou les sabots des chevaux claquer sur les pavés : tac, tac, tac, tac… Elle s’imaginait que tout cela se passait entre les montagnes et son esprit se perdait sur les…

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