Catalina va se promener

Traduit par Bernard Tornare Elle regarde l’heure, il lui reste quinze minutes avant de sortir du travail. Elle a mal aux pieds, aux chevilles, aux genoux, et ses jambes gonflent à cause de la rétention de liquides après avoir passé dix heures debout. Dans son dos, elle sent comme des échardes plantées, une brûlure piquante qui ne change pas de place ; elle la décrirait comme la sensation d’une épingle entrant dans sa peau à la vitesse à laquelle bouge l’aiguille d’une machine à coudre. Les poignets de ses mains sont gonflés tout le temps. Doña Bartola, qui se consacre aux…

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Atol de mosh

Traduit par Bernard Tornare Rufina dépose une poignée de nourriture dans la mangeoire des petits oiseaux, puis remplit le récipient d’eau avant de les suspendre de nouveau à l’arbre. Les canards sauvages, les écureuils et parfois les lièvres — qu’elle appelle tendrement petits lapins sauvages — viennent eux aussi s’y nourrir. Tous se rassemblent au pied de l’arbre pour profiter de ce qui tombe des branches. À la fin du printemps, presque par réflexe, elle ressent toujours l’envie de semer du maïs, des haricots et du maicillo. De planter aussi des courges et des chayotes pour qu’ils s’enroulent autour du tronc…

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Fresco de graines de melon

Traduit par Bernard Tornare La première fois que Balvina vit du saumon, ce fut dans un supermarché aux États-Unis. La teinte de sa chaire la fascina, semblable à celle du melon qu’on cultive dans les champs au pied de la Sierra de las Minas, dans son Teculután natal. Émue, elle en achète une livre, et ceux qui la servirent lui expliquèrent comment le cuisiner. Pour la première fois, elle allait utiliser le four d’une cuisinière ; à des milliers de kilomètres, le four à bois de sa mère était resté derrière elle. Contrairement à beaucoup de migrants qu’elle connaissait et qui…

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Tortillas au loroco

Traduit par Bernard Tornare La poule murusha [1] s’est à nouveau invitée dans ses rêves. Elle l’a vue courir affolée avec les autres poules, cherchant les feuilles de chou qu’elle venait de leur jeter dans la cour pour qu’elles mangent. Elle l’avait appelée Murushona depuis que la petite poulette était née. Sa grand-mère Tiba lui avait offert deux œufs de sa poule anglaise, une miniature aux plumes bouclées, qu’Emelda avait placés avec les autres lorsqu’une des poules de la maison s’était mise à couver. Pendant les trois semaines d’incubation, elle resta attentive à la naissance des poussins, et ce fut une véritable fête…

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Une tasse de café fraîchement moulu

Traduit par Bernard Tornare Lena ouvre le sac et prend ce qu’elle croit être le dernier morceau de champurrada [1], mais à sa grande surprise, une poignée de petits morceaux se mêle au fond de café moulu. Stupéfaite, elle ferme les yeux et regarde à nouveau à l’intérieur du sac : cela ressemble à un profond ravin. Affolée, elle referme les yeux, espérant qu’en les rouvrant elle ne retrouvera pas cette grande cavité, mais elle est là, immobile. À cet instant, Lena est plongée dans un état de stupeur, comme la première fois où elle a vu la terre rouge de Salamá.…

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Ayote en miel

Traduit par Bernard Tornare Milvia a été donnée à douze ans à un homme de trente-six ans qui s’était déjà séparé trois fois et avait au total sept enfants. On savait très bien qu’il battait les femmes avec lesquelles il avait vécu et que, lorsqu’il se lassait d’elles, il s’en allait simplement sans jamais revenir, abandonnant les mères et leurs enfants dans l’oubli le plus total. Client habituel du bar Rojo, le seul de la commune, il buvait sans jour ni horaire fixes, mais cela n’importait pas au père de Milvia, car le futur gendre l’invitait aux cutos [1] quand il le croisait…

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Tamalitos de loroco¹

Traduit par Bernard Tornare L’annonce de la tempête hivernale fit courir tout le monde dans les supermarchés pour faire des provisions, et Lupita ne fit pas exception. Elle acheta comme d’habitude ses légumes pour les salades, du riz, deux livres de côtes — car un bon bouillon est indispensable les jours de tempête —, et du pain sucré, parce qu’elle ne pourrait pas prendre son café sans un morceau de pain à côté. L’autre jour, elle avait préparé une soupe de lentilles aux épinards et aussi des galettes de viande au cresson. La bette de ce magasin, elle ne l’aimait pas…

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