Tortillas au loroco

Traduit par Bernard Tornare La poule murusha [1] s’est à nouveau invitée dans ses rêves. Elle l’a vue courir affolée avec les autres poules, cherchant les feuilles de chou qu’elle venait de leur jeter dans la cour pour qu’elles mangent. Elle l’avait appelée Murushona depuis que la petite poulette était née. Sa grand-mère Tiba lui avait offert deux œufs de sa poule anglaise, une miniature aux plumes bouclées, qu’Emelda avait placés avec les autres lorsqu’une des poules de la maison s’était mise à couver. Pendant les trois semaines d’incubation, elle resta attentive à la naissance des poussins, et ce fut une véritable fête…

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Une tasse de café fraîchement moulu

Traduit par Bernard Tornare Lena ouvre le sac et prend ce qu’elle croit être le dernier morceau de champurrada [1], mais à sa grande surprise, une poignée de petits morceaux se mêle au fond de café moulu. Stupéfaite, elle ferme les yeux et regarde à nouveau à l’intérieur du sac : cela ressemble à un profond ravin. Affolée, elle referme les yeux, espérant qu’en les rouvrant elle ne retrouvera pas cette grande cavité, mais elle est là, immobile. À cet instant, Lena est plongée dans un état de stupeur, comme la première fois où elle a vu la terre rouge de Salamá.…

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Ayote en miel

Traduit par Bernard Tornare Milvia a été donnée à douze ans à un homme de trente-six ans qui s’était déjà séparé trois fois et avait au total sept enfants. On savait très bien qu’il battait les femmes avec lesquelles il avait vécu et que, lorsqu’il se lassait d’elles, il s’en allait simplement sans jamais revenir, abandonnant les mères et leurs enfants dans l’oubli le plus total. Client habituel du bar Rojo, le seul de la commune, il buvait sans jour ni horaire fixes, mais cela n’importait pas au père de Milvia, car le futur gendre l’invitait aux cutos [1] quand il le croisait…

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Tamalitos de loroco¹

Traduit par Bernard Tornare L’annonce de la tempête hivernale fit courir tout le monde dans les supermarchés pour faire des provisions, et Lupita ne fit pas exception. Elle acheta comme d’habitude ses légumes pour les salades, du riz, deux livres de côtes — car un bon bouillon est indispensable les jours de tempête —, et du pain sucré, parce qu’elle ne pourrait pas prendre son café sans un morceau de pain à côté. L’autre jour, elle avait préparé une soupe de lentilles aux épinards et aussi des galettes de viande au cresson. La bette de ce magasin, elle ne l’aimait pas…

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Fleur de pito

Traduit par Bernard Tornare En cherchant ses glaces au café et à la vanille dans le rayon des surgelés, Baudilia fit une découverte : c’était comme retrouver sa bille préférée, son porte-bonheur, après l’avoir cherchée dans la porcherie, sous le tapesco [1], dans l’angle où dorment les chèvres, dans le nid de plumes des coquechas [2] et même sous les pierres du tas de graviers resté de la construction du mur de la maison. Sa tira [3] porte-bonheur, celle qui l’a toujours aidée à gagner au triangle, aux trous et à la tortue. En voyant le sachet de fleurs de pito congelées, elle eut l’impression de retrouver…

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Haricot camagua 

Traduit par Bernard Tornare Clemencia n’était pas venue pour ça, mais elle repartit avec du haricot camagua (1). Elle était au marché pour acheter des poivrons doux et des oignons lorsque les haricots, du panier de nía (2) María, croisèrent son chemin. Pour attirer son regard, ils firent les fous : ils se mirent sur la tête, sautèrent, levèrent les mains et dansèrent. Mais Clemencia, distraite, était occupée à choisir les plus beaux poivrons. Le camagua ne se découragea pas. Pour sa dernière tentative, il se jeta à plat ventre sur des bouquets d’herbes siete montes (3). Il savait que c’était le seul moyen de capter l’attention de…

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Atol de poleada

Traduit par Bernard Tornare Il a commencé à pleuvoir vers quatre heures de l’après-midi et pas une seconde cela n’a cessé. Fausta se confie au Seigneur d’Esquipulas, lui allume un cierge et borde ses six poussins dans le lit avec le poncho qu’elle a acheté à crédit auprès d’un marchand qui vient chaque jeudi de Momostenango pour proposer à la criée des housses d’oreillers, draps, ponchos et nappes traditionnelles. Il vient toujours accompagné de son fils adolescent, et ensemble, ils parcourent le bourg et les hameaux, les ventes attachées sur le dos au moyen du mecapal [1]. Fausta les laissait réchauffer…

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