Traduit par Bernard Tornare
Antonia a toujours admiré la beauté qui habite la nostalgie de la fin de l’été. Les pétales des tournesols à demi séchés et l’herbe qui mûrit, avec ses fleurs pleines de grillons. La tristesse mélancolique du chant des dernières cigales, étouffé par les jours de pluie, a toujours été pour elle une mélodie chargée de poésie sauvage.
Durant les derniers jours de l’été, la moiteur suffocante de l’humidité commence à se dissiper et, peu à peu, tandis que les champs se couvrent des graines de chêne qui tombent soudainement, annonçant le début de l’automne, les moustiques prennent congé du festin et cèdent la place aux couleurs de sapote et de pitaya de la saison froide, que dans la forêt les érables célèbrent par les tons d’achiote et d’ocre dont se parent leurs feuilles.
Le quotidien a toujours provoqué chez Antonia une sorte d’émerveillement : la manière dont les oiseaux construisent leurs nids, la constance avec laquelle ils recommencent à zéro lorsque les vents les détruisent, et l’audace de faire de rien leur foyer. La patience des fourmis transportant les miettes qu’elles trouvent sur le chemin, l’une après l’autre, organisées comme aucune autre espèce. La naissance des libellules, le charme de la chenille qui devient papillon. Et le miroir qui naît des flaques.
Le jaune du pollen qui poudroie les petites pattes des abeilles. Les pétales secs des rosiers qui furent l’enchantement de l’été sont, pour Antonia, la beauté du passage du temps, comme les cheveux gris et les rides sur la peau. Le maquis qui commence à sécher, la terre crevassée par la canicule, les écorces des arbres et les branches sèches qu’elle trouve sur le sentier lorsqu’elle va dans la forêt, le bruit de celles-ci qui se brisent lorsqu’elle les froisse sous ses pas. Tout, absolument tout, fait partie de la beauté des fins d’été.
Les lucioles qui embellissent l’heure de la prière. Et la vapeur singulière des aubes, avec la rosée sur les feuilles : beauté de fin d’été. Le quotidien est d’une telle beauté, pense Antonia au fond d’elle-même en sirotant une tasse de café de tortilla brûlée. C’est de la poésie, c’est un enchantement ; cela fait partie du nuage de folie où vivent celles et ceux qui trouvent, dans l’ordinaire, un souffle leur permettant de continuer à résister, au milieu du vacarme d’une métropole de ciment et de fausseté que les menteurs ont appelée progrès.
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Ilka Oliva-Corado.
20 septembre 2026.
États-Unis


