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Crónicas de una inquilina

Haricot camagua 

Posted on 5 de octubre de 20255 de octubre de 2025 By Ilka Oliva-Corado

Traduit par Bernard Tornare

Clemencia n’était pas venue pour ça, mais elle repartit avec du haricot camagua (1). Elle était au marché pour acheter des poivrons doux et des oignons lorsque les haricots, du panier de nía (2) María, croisèrent son chemin. Pour attirer son regard, ils firent les fous : ils se mirent sur la tête, sautèrent, levèrent les mains et dansèrent. Mais Clemencia, distraite, était occupée à choisir les plus beaux poivrons. Le camagua ne se découragea pas. Pour sa dernière tentative, il se jeta à plat ventre sur des bouquets d’herbes siete montes (3). Il savait que c’était le seul moyen de capter l’attention de cette tête en l’air.

Son sac rempli de cinq poivrons, Clemencia se tourna vers les oignons. C’est alors que les siete montes, tels un buisson impénétrable de fin d’hiver, lui apparurent. Leur parfum fit surgir en elle l’odeur de son enfance, venue des montagnes de la Sierra de las Minas. La peau hérissée, elle fut submergée par un flot de souvenirs : l’époque où ses parents vendaient fromage frais, crème, fromage blanc et petit-lait dans leur maison de Teculután, à Zacapa.

Elle revit les jours de pluie où sa mère leur ordonnait de couvrir les miroirs avec une serviette et de débrancher la télévision. Des rituels que Clemencia n’observe plus et n’a jamais enseignés à ses enfants. Ces derniers ignorent tout du fromage blanc et du petit-lait. S’ils l’entendaient parler du fer à cheval et de la tresse d’ail que sa mère mettait derrière la porte, ils ne la croiraient pas. Elle ne leur a jamais dit non plus qu’elle arrosait le seuil de sa maison avec une infusion de siete montes.

Les croiraient-ils si elle leur racontait avoir balayé la cour avec un balai fait d’escobillo (4), arrosé le sol avec une bassine, ou lavé le linge à la main pour l’étendre sur une corde ? Pourraient-ils imaginer leur mère traire les vaches que son grand-père avait achetées pour que sa mère puisse ouvrir un petit commerce et ne pas dépendre de Silverio, son mari, pour subvenir aux besoins de la famille ?

Si elle leur confiait que, petite, ses pieds étaient couverts de niguas, ils lui en voudraient presque, la croiraient folle ou malade, l’accuseraient d’inventer un monde disparu. Impossible aussi d’imaginer que Clemencia ait grandi à manger des tortillas et d’autres aliments bannis de sa maison actuelle, traqués par son coach sportif et la nutritionniste : pommes de terre, maïs, bananes.

Clemencia ressent une pointe de culpabilité, se tapote la poitrine, perdue dans ses pensées alors que la voix de nía María lui parvient de loin, insistante, lui demandant ce qu’elle désire acheter. Clemencia comprend : c’est sa faute si ses enfants ont oublié leurs racines, préférant leur vie dorée de privilégiés, leurs caprices servis par cinq employés, aux traditions simples et puissantes de la famille maternelle.

Pourquoi ne leur a-t-elle pas ouvert les portes de son histoire ? Pourquoi les avoir tenus à distance de leurs oncles et grands-parents alors qu’elle-même n’a jamais manqué d’amour ni de soutien de la part de ses propres parents ? Pourquoi avoir renoncé à leur transmettre ce lien vital ? Elle se souvient alors de ce mensonge : s’être inventé un diplôme universitaire pour ne pas être la seule sans titre, par honte, par crainte du jugement. Elle se traite de sotte et en a presque mal à la tête tandis que nía María, de plus en plus intriguée, lui répète sa question.

Depuis quinze ans, Clemencia a gardé un rituel du jeudi : un chauffeur l’accompagne au marché, alors que les employés achètent tout le reste au supermarché. Pour elle, rien n’égale la sensation de toucher les herbes, de humer la fraîcheur des légumes du marché traditionnel, loin de la froideur des rayons aseptisés, fût-ce au prix fort.

Cette fois, la question de nía María la ramène à la réalité. Clemencia demande une botte d’oignons, avoue ne pas pouvoir prendre les setie montes faute de place, et réclame cinq livres de haricots camagua. Les haricots, ravis, l’accompagnent jusqu’à la maison, rêvant d’observer par la fenêtre la pelouse verte, la piscine et le jacuzzi, même si leur destin est de finir en pâte et cuits dans des tamales. Clemencia les achète chaque année à la même époque : quand débute la saison de l’atole de maïs des épis grillés au citron et au sel, du chipilín (5) avec du riz et de la crème, et des tamales de haricots camagua. Elle glisse aussi dans son panier un bloc de rapadura (6) dorée et une courge ayote bien assaisonnée.

De temps à autre, Clemencia est assaillie par une nostalgie violente, un appel du pays natal qui serre l’estomac, qu’elle n’a jamais eu le courage de suivre. Elle n’ose pas rentrer ; elle se contente d’envoyer de l’argent à ses parents chaque mois. Car ici, elle a trop à perdre. Une fois par mois, nía María lui apporte des tortillas ; Clemencia les savoure en cachette, dans sa chambre, accompagnées de fromage frais du marché. Puis, prise de remords, elle les rejette pour ne surtout pas voir son poids grimper, de peur du jugement de ses amies ou, pire, de sa belle-famille. Les haricots camagua, le potiron et la rapadura, elle les offre aux employées pour qu’elles préparent les tamales, comme pour prouver qu’elle n’est pas une mauvaise patronne.

La transaction terminée, Clemencia salue nía María, monte en voiture et, en chemin, se prépare à rentrer dans son personnage : elle abandonne Clemencia, redevient « Valentina », ce masque qu’elle porte en société. Elle porte les mains à son visage et imagine : si jamais, dans son village, on apprenait qu’elle se fait appeler Valentina juste pour entrer dans le monde des gens bien, tous la surnommeraient aussitôt « Tina », comme une baignoire, une flaque ou un bassin où les vaches viennent boire. Même le haricot camagua et les siete montes en rigoleraient, car, elle le sait, là-bas, dans l’Est, on ne pardonne pas ce genre de choses.


Notes

  1. Haricot camagua : haricot juste à maturité dans sa gousse, typique de la cuisine populaire d’Amérique centrale.
  • Nía : forme affectueuse pour « dame » ou « tante » en espagnol.
  • Siete montes : bouquet de sept herbes, à la fois condimentaire, médicinale et chargé de significations populaires et symboliques.
  • Escobillo : plante utilisée pour fabriquer des balais rustiques.
  • Le chipilín est une légumineuse originaire du Mexique et d’Amérique centrale, dont les feuilles sont consommées comme un légume vert nutritif.
  • Rapadura : sucre de canne non raffiné, en pain.

Texto en español

Si vous allez partager ce texte sur un autre portail ou réseau social, veuillez inclure l’URL de la source d’information : https://cronicasdeunainquilina.com

Ilka Oliva-Corado 

28 septembre 2025

États-Unis

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